01 Feb
  • By Céline ARENS
  • Cause in

Les petits pas dans le sable des enfants perdus

Côte Sauvage 12h30.
Le soleil est très haut dans le ciel et brule ma peau noire. Je marche dans le sable en rêvassant, les traces de mes petits pieds au sol est la seule chose qui peut attester ma réelle présence dans ce pays. Et chaque fois que je me retourne, les voir dans le sable me rassure. Mon estomac gronde et me ramène sur terre. Je me rapproche de l’eau, l’esprit en alerte. Les vagues sont énormes et l’océan est agité. Comme en colère. Je m’accroupis et me rince le visage avec vigilance. Il n’est pas rare que l’on retrouve le corps sans vie d’un de mes confrères qui a voulu jouer le têtu et blaguer avec les vagues ! Je continue ma marche. A ma gauche, les terrasses des grands restaurants ou je ne mettrais jamais les pieds. A ma droite, les surfeurs sur leur planche. Je m’arrête et les observe. Les « moundélés » sont décidément incompréhensibles. Pourquoi aller risquer sa vie dans l’eau ? Et s’ils se noyaient ? Ou pire, si les sorcières de l’Océan les prenaient ? Je secoue la tête et continue d’avancer. Un flash m’aveugle et je sursaute. Une femme blanche avec un trop grand sourire, grand comme son appareil photo vient de me photographier. Je m’arrête. Elle me fait signe de la main et s’approche. Un genou à terre, elle continue sa série de photo. Je ne bouge pas. Figé. Et me demande à quoi peut-il bien lui servir. Mon existence n’a aucune importance pour personne. Les rues sont pleines d’enfants perdus comme moi. Si on ne nous chasse pas parce que l’on gène et gaspille le beau décor, on nous balance quelques pièces à contre cœur pour nous faire déguerpir en vitesse. Alors pourquoi nous photographier ? Peut-être qu’elle aussi voudrait prouver mon existence, comme les  traces de mes petits pieds dans le sable… Alors je lui fais mon plus beau sourire. Elle parait surprise mais contente. Je tends ma main vers elle et lui dis que j’ai faim. Elle rigole et fouille ses poches, dépose dans ma main quelques pièces. Je me remets en route, mes petits pas dans le sable sont effacés peu à peu par les vagues. Mon existence s’évapore comme un vieux souvenir.

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